De retour
Je suis de retour du Togo ! Le fil de ce blog va donc reprendre son déroulement normal.
Pour fêter cela, une petite chanson mignonne et sympathique, découverte dans l’avion de retour. Enjoy !
Je suis de retour du Togo ! Le fil de ce blog va donc reprendre son déroulement normal.
Pour fêter cela, une petite chanson mignonne et sympathique, découverte dans l’avion de retour. Enjoy !
Dans les milieux de geeks et d’informaticiens, on parle beaucoup en ce moment de la “loi HADOPI” — pour s’y opposer, la plupart du temps. Les informations et réactions commencent à atteindre le grand public, mais encore trop peu. Je voulais donc prendre le temps de rédiger une explication compréhensible de ce projet de loi, que vous sachiez en quoi cela vous concerne.
C’est pour l’instant un projet de loi, en préparation et en discussion devant l’Assemblée et le Sénat depuis plus d’un an. Il vise à créer une “Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet” (HADOPI), chargée de sanctionner les infractions au droit d’auteur (c’est à dire principalement le téléchargement illégal) sur Internet. La sanction préconisée serait la “riposte graduée”.
La riposte graduée vise à sanctionner progressivement les infractions au droit d’auteur, afin de dissuader le téléchargement illégal. En soi, ce n’est pas une mauvaise idée —c’est dans les modalités de mise en œuvre que cela se gâte.
Concrètement, L’HADOPI serait saisie par les représentants des ayants droit sur présomption d’infractions à leurs droits d’auteurs. Après enquête par recherche dans les données de connexion stockées par les fournisseurs d’accès (FAI), l’HADOPI enverrait des courriers menaçant les utilisateurs de sanctions. En cas de récidive, l’HADOPI ordonnerait leur déconnexion d’Internet sans possibilité de souscrire à un nouvel abonnement pour une durée allant jusqu’à 12 mois. Bien sûr, il faudrait continuer à payer son abonnement à Internet pendant cette période de suspension.
Pas vraiment — et c’est là un des problèmes. Sur Internet, on ne peut identifier que des réseaux, pas des utilisateurs. Concrètement, cela signifie que l’on peut identifier le titulaire d’un abonnement à Internet — mais rien de plus précis.
Par exemple, si dans une famille plusieurs personnes se partagent un abonnement à Internet, impossible de savoir quel ordinateur est incriminé — et encore moins quel utilisateur. De la même façon, dans une entreprise, l’HADOPI ne peut identifier que l’accès à Internet de l’entreprise, mais pas l’ordinateur ou l’employé en cause.
Bien sûr. Internet fait aujourd’hui partie de notre vie courante, au même titre que le téléphone, et est devenu nécessaire pour maintenir le lien social. Le travail collaboratif, les services administratifs par Internet, la banque en ligne… tout cela devient impossible si l’on coupe votre accès à Internet. À l’heure où l’on parle du “droit à l’Internet haut-débit pour tous”, et de réduction de la “fracture numérique”, cette menace de suspension de l’abonnement est pour le moins incohérente.
D’autre part, cette sanction est extra-judiciaire : à aucun moment la justice n’est saisie, l’HADOPI a pouvoir sur la chaîne du début à la fin. Il suffit que les sociétés d’ayants-droit fasse une simple demande à l’HADOPI, et vos données personnelles de connexion à Internet seront scrutées et examinées. Auparavant, il fallait un dépôt de plainte et l’accord d’un juge pour que l’on puisse examiner ces données personnelles — et seules les enquêtes anti-terroristes pouvaient contourner la procédure. La protection du droit d’auteur serait placée sur le même plan extra-juridique que le terrorisme.
Bref, à la fois la sanction et le caractère extra-judiciaire de cette sanction sont disproportionnés.
En fait si — et par plusieurs biais.
Enfin, vous pouvez être victime de quelqu’un utilisant votre réseau à votre insu pour télécharger illégalement. Vous avez protégé votre réseau Wifi par un mot de passe facile à deviner ? Vous avez été infecté par un virus ? Dommage : en tant que titulaire de l’abonnement, la loi HADOPI stipule que vous êtres responsable de la sécurité de votre réseau (tant pis pour vous si vous n’êtes pas informaticien), et l’abonnement du foyer entier sera suspendu.
Donc la coupure est possible même si vous innocent. Cela dit, vous aurez quand même deux courriels d’avertissement (assortis, si l’HADOPI le décide, une lettre recommandée), avant que l’on ne suspende votre abonnement à Internet. Mais il ne sera pas facile d’y réagir : jamais ces messages ne comporteront le nom des fichiers ou œuvres incriminées, et les recours ne sont possible qu’à partir du deuxième avertissement (oui, vous avez bien lu : vous ne pouvez pas contester le premier avertissement avant d’en recevoir un second). Bref, vous avez intérêt à savoir quoi faire, et à le faire vite.
Bien sûr que si. Notamment, le Parlement Européen a voté à deux reprises (en moins de six mois) des articles de loi affirmant que “la suspension d’un abonnement à Internet dans un cadre extra-judiciaire est contraire aux droits de l’homme” — et ceci à la demande d’euro-députés français craignants les effets de l’HADOPI. Cela signifie que, portée devant une instance de justice européenne, la valeur juridique de la loi HADOPI serait nulle.
Après le vote de la première résolution, Christine Albanel, Ministre de la Culture, a rétorqué que les résolutions du Parlement Européen ne l’engageaient en rien : le gouvernement français allait passer outre, et advienne que pourra.
Les réactions contre cette loi sont également nombreuses en France : Jacques Attali ne décolère pas, les jeunes UMP lâchent leur parti… Et même dans le gouvernement, on murmure que oui, bien sûr, tout le monde sait qu’HADOPI est une clownerie monumentale — mais impossible de s’y opposer, l’ordre vient de plus haut…
La question principale est tout d’abord : quel sera l’efficacité sur le piratage ? Sans doute pas celle attendue.
Il est probable que seuls quelques lampistes et adolescents ignorants se feront prendre. Tous les autres se mettront rapidement à utiliser des techniques de contournement ou de cryptage, indécelables et très faciles à utiliser. Ces techniques se généraliseront en un rien de temps, et l’HADOPI ne pourra plus rien y faire.
Le problème, plus grave, est que les enquêtes sérieuses et nécessaires, comme l’anti-terrorisme, ne pourront plus rien faire non plus : si la majeure partie des communications devient fortement cryptée, les écoutes et les surveillances de courriels deviennent impossibles.
Prenons une analogie. Imaginez que l’on décide de mettre en place un
système national de reconnaissance faciale : des caméras omniprésentes,
qui analysent le visage des passants et signalent les délinquants
recherchés. Mais le système est peu fiable, et envoie régulièrement en
garde à vue des innocents — et toute leur famille avec.
Réaction : en quelques mois, tous les passants portent des cagoules. Le
système devient inutile — mais pire, il est devenu impossible de filer
quelqu’un dans la rue, ou d’exercer la plus élémentaire et légitime des
surveillances. Est-ce cela que l’Etat veut ?
Accessoirement, comme le soulignait Daniel Glazman, “si ce projet passe, cela sera la première fois qu’officiellement […] les communications privées des individus — et pas de quelques individus mais tout le monde — sont observées, écoutées, filtrées sans intervention judiciaire.”
Même pas ! Ce ne serait sans doute pas efficace pour diminuer le piratage, vu la simplicité des solutions de cryptage ou de contournement. Et cela ne ferait sans doute pas remonter les ventes de disques ou de DVD, qui souffrent de problèmes structurels bien plus importants (et puis il est difficile de vendre un produit en menaçant le client).
Enfin, la mise en place de cette loi, qui devrait coûter environ 100 millions d’euros au contribuable, ne rapportera pas un sou aux artistes — contrairement à Deezer, par exemple, qui reverse une partie des recettes publicitaires à la SACEM.
Les nombreux articles de Daniel Glazman à ce sujet sont variés et éclairants, et envisagent le problème sous ses différents angles. Sinon, le site de la Quadrature du Net, qui défend les usagers d’Internet, est une bonne source d’information.
Vous pouvez également envoyer un courriel à Christine Albanel, Ministre de la Culture, exprimant votre point de vue : là encore, la Quadrature peut vous aider.
L’important est aussi de faire circuler l’information ! Prenez le temps d’expliquer les enjeux de cette loi à vos amis et à vos proches.
Si vous vous demandez où je suis, ce que je fais, et pourquoi ce blog n’est pas beaucoup mis à jour depuis trois mois, je vous invite sur www.lavaliseencarton.fr :j’y raconte la vie quotidienne d’un volontaire européen au Togo.
KZone reprendra son fonctionnement normal à mon retour du Togo, dans quatre mois environ. A bientôt !
On a beaucoup
entendu parler de Chrome, le
navigateur de Google, depuis sa sortie en version bêta il y a deux
semaines. Interface sobre, moteur de rendu WebKit, mode incognito… et
la promesse d’une future version multi-plateforme (ou au moins
Windows/Mac/Linux).
Mais pour l’instant, niveau multi-plateforme, c’est le désert. Nada. Chrome est Open-Source, et peut donc être compilé librement — la version libre s’appelle Chromium. Chromium compile et se lance sans problèmes sous Windows, mais ne compile que quelques binaires de test sous Linux, et quasiment rien sous Mac : tout le travail de portage reste encore à faire.
Et c’est là que
Wine rentre en scène. Wine, c’est ce programme
Open-Source permettant de faire tourner des applications Windows sous
Unix : il permet donc de lancer une application Windows en “.exe” sous
Linux ou Mac OS X. Ce n’est pas un émulateur : il exécute le code natif
du programme, mais en replaçant tous les appels à des fonctions de l’API
Windows par son implémentation propre. Wine est en développement depuis
plus de 15 ans, et fonctionne aujourd’hui assez bien : il fait tourner
entre autres Office, Photoshop, Picasa, et même de nombreux jeux comme
Oblivion ou Half-Life 2.
Dès la sortie de Chrome, pour Windows seulement, les développeurs de CrossOver (la version commerciale de Wine) se sont demandé s’il serait possible d’utiliser Wine pour faire tourner Chromium sous Linux ou Mac OS X. Après quelques jours seulement, et quelques patchs rajoutés à Wine, Chromium fonctionnait en grande partie, et permettait naviguer sur Internet. Seul bémol, le support du HTTPS, le protocole sécurisé utilisé par les sites marchants, les banques, et par de nombreux autres sites Web. Pour cela, les développeurs de CrossOver ont dû implémenter une bonne partie des fonctions du fichier “winhttp.dll”, qui contient l’API Windows relatif aux connections HTTP. Une semaine de plus pour hacker vite fait une implémentation de base ; et voilà, depuis avant-hier, Chromium fonctionne totalement sous Wine.
CrossOver propose de beaux paquetages pour tester Chromium ; on télécharge les fichiers, on lance tout ça, et, après un petit délai d’initialisation, la fenêtre de Chromium apparaît. Tout est étonnamment fluide et fonctionnel — on s’aperçoit à peine qu’en dessous, c’est Wine qui travaille.
Pour télécharger ces paquetages, rendez vous sur la page CrossOver Chromium, et suivez les instructions :)
Le navigateur est décidément plutôt stable — sans doute pas de quoi en faire son navigateur quotidien, mais cela fonctionne tout de même très bien.
Beaucoup de
commentaires ont été émis sur Internet après cette annonce. Certains se
demandent notamment quel est le besoin d’avoir un navigateur Web de plus
sous Linux — à plus forte raison si les développeurs de Google n’ont pas
encore fait l’effort de faire un vrai portage vers d’autres
systèmes. D’autres enfin se demandent si tant d’efforts investis dans
le développement de Wine ne seraient pas mieux placés dans le portage
natif d’application vers Linux, voire vers le développement
d’applications Linux-only capables de mieux concurrencer en qualité
les applications Windows. Certains dénoncent enfin un coup
médiatique, qui au final n’apporte pas grand chose à Wine ou à la
communauté du Libre.
Il faut voir d’abord que ce “coup médiatique” est profitable sur le long terme : le travail réalisé par CrossOver pour faire tourner Chromium va être intégré dans Wine prochainement, ce qui profitera bien sûr à Wine sur le long terme. D’autre part, ce genre de hackathlon fortement publicisé est après tout un bon moyen de motiver les développeurs, qui s’intéressent alors à des domaines peu explorés auparavant, ou trouvent une vraie motivation à déboguer des pans de code qui ne recevraient autrement pas beaucoup d’attention.
D’autre part, c’est aussi une manière de faire savoir à un large public que oui, on peut faire tourner la plupart des programmes Windows sous Linux (ainsi que sous Mac OS X et beaucoup d’autres Unix). Cette publicité profite bien sûr avant tout à CrossOver, qui édite une solution commerciale basée sur Wine, mais retombe tout de même un peu sur Wine lui-même, ainsi que sur Linux en général.
Enfin, je pense que Linux a somme toute besoin de cette compatibilité avec Windows, même si elle apporte des inconvénients ; je supporte donc plutôt les initiatives comme Wine ou Mono, qui visent à réaliser cette compatibilité. Et en attendant, même si vous ne vous servez pas de Wine au quotidien, c’est toujours l’occasion de tester Chromium facilement si vous ne disposez pas d’un Windows sous la main :)
L’User-agent, c’est ce bout de texte qu’envoient les navigateurs Web lors que chaque requête HTTP, pour s’identifier. C’est généralement assez embrouillé, mais heureusement, WebAIM est là pour nous raconter pourquoi en rigolant un peu :)